Existe-t-il une réelle logique environnementale dans la réglementation énergétique 2020 ?

Même sans chercher à lire entre les lignes des différentes propositions ayant servi à élaborer la RE2020, il est certain que la part qui y est donnée à l’énergie électrique semble importante. Après l’interdiction des chaudières au fioul, voici que va naître également l’interdiction du recours au gaz pour chauffer les logements neufs. Lorsqu’on ajoute à cela l’abaissement controversé du coefficient de prise en compte de l’énergie électrique dans le calcul de la performance énergétique, nul doute que nos maisons et appartements seront tout électriques. Que l’électricité soit plus verte que les combustibles fossiles, certes, -tant que le nucléaire est considéré comme environnementalement convenable- mais où le bât blesse c’est lorsque la production photovoltaïque individuelle n’est plus encouragée. La RE2020 serait-elle une réglementation plus stratégique qu’environnementale ? On peut s’interroger.

Une réglementation stratégique

Autant en France qu’en Europe, puisque nous prévoyons la pénurie des combustibles fossiles, alors que nous n’en extrayons nous-mêmes que très peu, il a fallu prévoir depuis longtemps notre indépendance énergétique. En outre, la politique de notre pays s’oriente vers la réduction drastique des émissions de polluants (CO2, particules fines…) dans l’air conformément notamment aux accords de Kyoto.

Ainsi, la France a opté pour le scénario permettant de réduire les émissions de CO2 : de – 10 % en 2020, contre de +15 % à + 40 % selon les autres scenarii envisagés. Voilà pour l’aspect environnemental de notre politique énergétique actuelle qui explique en partie la volonté de recourir en masse à l’énergie électrique.

Mais cette stratégie ne se limite pas à l’indépendance énergétique ni aux aspects environnementaux car elle est également économique. Pour pouvoir vendre nos centrales nucléaires à l’étranger et notamment en Chine, il nous faut montrer l’exemple et recourir bien davantage encore au nucléaire sur notre sol.

Donc, un flop du nucléaire sur notre sol sème le doute sur notre compétitivité internationale. Or, ce n’est pas notre vitrine de l’EPR de Flamanville dont la mise en service prévue en 2012 est reportée en 2023 (au plus tôt) qui risque de redorer notre image de marque sur le marché international. En conséquence, comme il va falloir oublier pas mal de bénéfices possibles à l’international de notre savoir-faire nucléaire, c’est sur notre sol qu’il nous faut combler le manque à gagner en faisant consommer au maximum de notre électricité pour soutenir les producteurs.

production d'électricité
Centrale nucléaire

Limiter la production individuelle d’électricité

Si la consommation d’électricité plutôt que d’énergies fossiles est bien meilleure pour l’environnement, elle l’est également pour soutenir notre réseau de production et de distribution.

Sauf qu’il faut pour cela que les consommateurs achètent leur électricité et arrêtent de la produire eux-mêmes. C’est ainsi que la RE2020 a volontairement abandonné l’obligation de construction BePos (Bâtiment à énergie positive) alors que celle-ci était prévue dès la publication de la RT2012. Et puis, cette volonté de freiner la production individuelle d’électricité s’est poursuivie et s’est clairement traduite par la baisse continue du prix de rachat de l’électricité photovoltaïque allant même jusqu’à ce que l’État revienne sur sa parole et casse, dix ans après les avoir signés, des contrats garantissant sur vingt ans des prix de rachat pour le photovoltaïque.

Donc, il semble qu’il ne faut pas tabler uniquement sur la volonté gouvernementale de réduire les émissions de carbone en privilégiant l’énergie électrique mais qu’il faut surtout que de plus en plus d’électricité soit achetée (de plus en plus et de plus en plus cher) auprès de nos fournisseurs.

production individuelle d'électricité
Panneaux photovoltaïques

Forcer à l’amélioration de la performance énergétique du parc résidentiel

Il est urgent d’inciter véritablement les propriétaires à améliorer la performance énergétique des logements. Les résultats atteints à ce jour dans la politique de rénovation énergétique étant encore bien loin des ambitions annoncées, il va bien falloir forcer les propriétaires plutôt que seulement les inciter.

Les multiples primes, aides et incitations retoquées et rebaptisées au fil des ans n’ayant reçu qu’un engouement somme toute modéré.
Les pénalités étudiées envers les passoires énergétiques dont l’interdiction de mise en location ou la hausse de leur fiscalité locative deviennent alors un levier.

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